Dans quelques heures, Christophe Salegui, 32 ans, s’envole avec l’équipe de France pour participer aux championnats du monde de rugby fauteuil en Australie, considéré comme l’un des meilleurs joueurs français, il se confie sur son parcours et ses ambitions. Portrait

Christophe, tu es arrivé à Drop en Janvier pour renforcer la section rugby fauteuil, peux-tu rapidement te présenter ?

CS : Papa de 2 enfants, je suis originaire de Toulouse. Je suis également le chef d’une entreprise de LMNP sur Toulouse, mais pour me consacrer pleinement au rugby fauteuil, celle-ci est aujourd’hui en gérance.

As-tu toujours été un passionné de rugby ?

CS : Non, au moment où l’on m’a diagnostiqué ma maladie CMT à 14 ans, j’étais sportif de haut niveau à Nogaro, mais comme pilote. Je suis avant tout un passionné de sports mécaniques. Je suivais le rugby sur le plan international, mais pas les compétitions domestiques ou continentales. Le rugby par l’intermédiaire du rugby fauteuil est venu bien plus tard.

Malgré mon handicap, j’ai continué à piloter jusqu’à 18-19 ans avec les valides, après la maladie a pris un peu le pas et ça devenait compliqué de combiner les deux vu les exigences physiques de ce genre de sport. J’avais l’opportunité de pouvoir continuer ce sport en handisport, mais vu la manière dont s’est organisé, sans classifications spécifiques, j’ai préféré arrêté et me tourner vers d’autres sports comme le basket fauteuil.

Le rugby est venu plutôt sur la tard finalement ?

CS : Oui, puisque j’ai pratiqué le basket fauteuil pendant près de 3 ans. Un sport qui ne correspondait ni à mon handicap ni à ma mentalité étant donné le « rôle ingrat » qui m’était attribué…. Malgré tout, cela m’a appris les premières bases du rugby fauteuil avec la maitrise du fauteuil et le port du ballon.

Au final, ce n’est en 2011, à l’occasion d’une journée d’initiation aux sports handicap organisée par le Stade Toulousain que j’ai découvert le rugby fauteuil. Et là, ça a de suite été un coup de cœur.

A l’inverse du basket fauteuil où mon handicap était le plus lourd (1pts) et où j’étais cantonné au travail ingrat, là tout s’inversait. J’étais devenu le handicap le plus faible, le joueur mobile, celui qui devait porter le ballon, marquer… J’ai pris tout de suite du plaisir. En plus, je savais que c’était un sport où il y avait beaucoup de perspectives avec les Jeux olympiques, les tournois européens etc…

Le fait que ce soit un sport de contact ne t’a pas fait peur au début ?

CS : Non, au contraire, c’était quelque chose que je recherchais. Parfois, personnellement, je trouve que les sports faits pour les handicapés sont trop protecteurs. Avec le rugby fauteuil, on montre que malgré notre handicap on est capables de réaliser des choses comme des valides.

Ta progression a été fulgurante, puisque tu es rapidement devenu un cadre de l’équipe de France.

CS : Oui en 2013, j’ai obtenu ma première sélection en équipe de France et depuis je n’ai pas bougé ou presque. Mais comme je l’ai dit, le basket m’avait beaucoup apporté sur les techniques de déplacements et le port de la balle.  Il ne me restait qu’à appréhender les subtilités du rugby fauteuil pour devenir un bon joueur. Je savais que j’en étais capable. L’équipe de France c’était vraiment le graal.

Est-ce que tu t’inspires du rugby des valides pour progresser ?

CS : Non pas du tout, par contre plusieurs nations sont des modèles pour nous français et joueurs de rugby Fauteuil. Je pense aux Etats-Unis, au Canada, à l’Australie, à l’Angleterre même au Japon où 90% des joueurs sont professionnels et tirent ce sport et l’image du handicap vers le haut.

Moi par l’intermédiaire de Drop, ce qui est rare pour un sport collectif, j’ai la chance de pouvoir faire de ce sport mon métier, mais je suis un cas isolé et c’est un retard qu’on doit combler. Pas forcément pour développer la section sportive, mais plus pour faciliter l’insertion des personnes en situation de handicap.

Quelque part, ce sport a changé ta vie, il t’a procuré des émotions exceptionnelles ?

CS : Clairement, grâce à lui j’ai vécu des choses magiques, des sentiments indescriptibles…

Je pense que ma plus grosse émotion reste la qualification pour les jeux olympiques de Rio en 2016. Après une grosse désillusion aux championnats d’Europe avec une 5ème place non qualificative, on avait largement entamé nos chances de qualification pour les JO.

Il restait donc l’unique tournoi de qualification comme seule chance, avec des nations plus fortes sur le papier… Et là, on crée l’exploit … En demi-finale, contre les Blacks. Après avoir perdu contre eux en poules, on les reprend en demi pour une place qualificative. Et là, on sort le match de notre vie. On gagne, c’est la première fois que je ressentais ça, des frissons partout. À 2 minutes de la fin du match, on ne pouvait plus être rejoint, j’ai complétement explosé en larmes, l’entraineur a été obligé de me sortir tellement j’étais submergé par l’émotion. C’était fou, je repensais à toutes ces heures de travail, d’entrainement… C’était l’accomplissement d’une vie d’effort et de travail.

L’autre c’est évidemment les JO de Rio. Malgré que ce soit mitigé sur le plan sportif, on s’est tous régalés. On a joué devant des milliers de spectateurs, on était considérés comme des sportifs à part entière c’était un moment hors du temps. En plus, j’ai eu la chance de rencontrer ma femme là-bas, ce qui ne gâche rien.

Aujourd’hui tu es à DDB, alors que tu étais une pièce maitresse du Stade Toulousain. Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ce choix ?

CS : Je connaissais l’association quand j’étais au Stade puisque je l’ai rencontré à plusieurs reprises. Je connaissais ses activités en parallèle du rugby fauteuil, c’est un projet qui me parlait, qui faisait du sens par rapport à mes envies. Ça faisait déjà 7 ans que j’étais au ST, j’avais besoin d’autre chose, d’un nouveau défi. J’ai donc pris du recul, j’ai eu de nombreuses sollicitation pendant 6 mois, mais c’est Drop de Béton qui a su être le plus convaincant. Déjà, ils me permettent de pratiquer le rugby fauteuil à plein temps, ce qui est extrêmement rare. L’activité de sensibilisation au handicap a également été importante, car pour l’association il y a une vraie volonté de montrer une image dynamique du handicap à travers ces actions de sensibilisations que ce soit auprès des plus jeunes ou en entreprises. Parler du handicap a été une vraie thérapie pour moi et je suis heureux aujourd’hui de mettre mon expérience et mon parcours de vie au service de Drop pour aider à changer le regard sur le handicap. Clairement, m’engager à Drop de Béton est une excellente décision. Satisfait à 100%, et j’espère de mon côté contribuer positivement au developpement de la section

Qu’est –ce qu’on peut te souhaiter maintenant ?

CS : Le meilleur pour les championnats du monde. On espère gagner contre les équipes à notre portée et pourquoi faire un exploit ou deux face aux gros. Mais surtout prendre du plaisir avec les copains.

Pendant son voyage en Australie, Christophe sera accompagné d’un autre Dropiste…Cédric Dubord, responsable du pole handicap dans l’association sera également du voyage à Sydney, puisqu’il occupe les fonctions d’entraineur adjoint.

Bon voyage Cédric et Christophe. Ramenez-nous la coupe !

Catégories : Rugby Handicap

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